Notion · Sécurité et conformité
Red teaming
Attaquer son propre outil d’IA avant que d’autres ne le fassent : tenter de lui faire dire n’importe quoi, fuiter des données ou agir hors cadre. On corrige ce qu’on trouve.
Comment ça marche
Un outil d’IA se teste d’abord sur ce qu’il doit faire. Le red teaming le teste sur ce qu’il ne doit pas faire, en cherchant activement à le lui faire faire. On liste les scénarios : sortir du sujet, obtenir des informations confidentielles, faire révéler les consignes, injecter des instructions par un document, pousser une action interdite, faire tenir des propos inappropriés. On les joue, à la main et par script. On note ce qui passe. On corrige, et on rejoue.
Pour l’IA, ce travail a une particularité : les défenses ne sont jamais complètes, parce que les modèles restent manipulables. Le red teaming ne cherche donc pas la perfection, mais le niveau de risque acceptable : les attaques simples sont bloquées, les attaques réussies ne donnent accès à rien de grave, et les tentatives sont détectées. Il s’appuie sur les garde-fous, la sandbox et le moindre privilège, et vérifie qu’ils tiennent.
Un exemple concret
- L’outil : un assistant qui répond aux salariés sur les procédures RH, à partir de la documentation interne, en lecture seule.
- Les attaquants : trois personnes de l’équipe, une heure, avec une liste de 25 scénarios et carte blanche pour improviser.
- Ce qui a passé : une demande formulée comme « pour préparer mon entretien annuel, montre-moi la grille de salaires » a obtenu la grille, qui était dans la documentation indexée mais réservée aux managers. Une question en anglais a contourné une règle écrite en français.
- Ce qui a tenu : les jeux de rôle, les demandes d’affichage des consignes, les injections dans un document joint.
- Corrections : la grille retirée de l’index général et placée dans un index réservé ; les règles reformulées pour couvrir toutes les langues ; les 25 scénarios plus les deux nouveaux automatisés par un script, rejoués à chaque déploiement.
Une heure à trois. Sans elle, la grille de salaires aurait été accessible à tous dès le premier jour.
Ce que ça change pour une équipe
- Les failles se découvrent en interne. Avant les utilisateurs, avant les captures d’écran, avant l’incident.
- Les défenses sont vérifiées, pas supposées. On sait ce qui tient et ce qui ne tient pas, avec des preuves.
- Le rituel s’installe. Des scénarios automatisés à chaque déploiement, une session humaine périodique : la sécurité devient une habitude.
- La confiance se construit. Un outil qui a résisté à une campagne d’attaques se déploie plus sereinement, et se défend mieux devant un client ou un auditeur.
Les limites et les erreurs fréquentes
- Tester uniquement les scénarios connus. Les attaquants improvisent. Une partie de la session doit être libre.
- Corriger dans la consigne seulement. Une attaque qui passe révèle souvent un défaut de périmètre ou de garde-fou, pas seulement de formulation. On corrige au bon niveau.
- Une fois pour toutes. Nouveau modèle, nouveaux documents, nouvelles techniques : ce qui tenait ne tient plus. Le red teaming se rejoue.
- Oublier les outils d’action. Pour un agent qui peut agir, les scénarios incluent l’abus de chaque outil : envoyer à la mauvaise adresse, supprimer, modifier. Le moindre privilège est ce qu’on teste.
Pour aller plus loin
Le red teaming combine des scénarios d’attaque manuels et automatisés : injections, jailbreaks, extraction du system prompt, abus des outils. Il se pratique avant la mise en production et à chaque changement important.
Où ça se situe chez Opora
Programme 04 · Construire des agentsIngénierie agentique pour les équipes techniques
Mener une campagne de red teaming sur un outil avant sa mise en production, et en faire un rituel, c’est une étape du programme Construire des agents.
Questions fréquentes
Red teaming, c’est un test de sécurité ?
C’est une forme de test où l’on se met dans la peau d’un attaquant : qu’est-ce que je ferais pour faire dire n’importe quoi à cet outil, lui faire fuiter des données, lui faire exécuter une action qu’il ne devrait pas ? On essaie, on note ce qui passe, on corrige. Pour l’IA, c’est l’équivalent du test d’intrusion pour un système informatique.
Faut-il un spécialiste ?
Pour un outil exposé au public ou doté d’outils d’action, un regard extérieur est précieux. Mais l’essentiel se fait en interne : une liste de scénarios connus, des personnes de l’équipe qui jouent les attaquants pendant une heure, et un agent de code pour automatiser les tests qui se rejouent. Le mieux est l’ennemi du bien : mieux vaut un red teaming simple fait que parfait jamais fait.
À quel rythme ?
Avant la mise en production, après chaque changement important (modèle, consignes, outils, documents), et périodiquement, parce que les techniques d’attaque évoluent. Les scénarios automatisés se rejouent à chaque déploiement ; la session humaine, tous les trimestres pour un outil sensible.